Abstract:
Au début des années 1990, le Cameroun comme les autres pays de l'Afrique subsaharienne, s'est ouvert à la démocratisation. A côté de la naissance d'une centaine de partis politiques, des associations identitaires, à caractère ethnique ou régional, ont vu le jour. Dans l'ensemble, l'élite et les entrepreneurs politiques mobilisent pacifiquement les solidarités affinitaires en vue de préserver ou de se frayer un chemin dans l'appareil d'Etat grâce au vote ethnique. D'où l'importance des effectifs ethniques dans les rivalités entre les leaders politiques. Dans le Logone et Chari situé aux confins du Cameroun, du Nigeria et du Tchad, la rivalité opposant les Kotoko aux Arabes Choa s'est manifestée par des affrontements intercommunautaires. La démographie y a joué un rôle important, car elle a entraîné le renversement de la majorité politique au profit des Arabes Choa. Les Kotoko sont les premiers occupants du territoire et contrôlaient jusque là tous les rouages du pouvoir traditionnel et moderne. A cause de la polémique qui entoure les effectifs respectifs des deux communautés, l'article remonte l'histoire pour retracer le rôle des épidémies et de l'immigration dans le rapport numérique entre deux peuples. La manipulation des recensements, la relativité de la différenciation ethnique et les nouvelles orientations de la politique ethniques au Nord-Cameroun y sont abordées.
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