Abstract:
La présente contribution vise à montrer l’intérêt de prendre en compte le droit dans une analyse économique institutionnelle du type de celle produite par la Théorie de la Régulation (TR). A partir du diagnostic initial sur le rôle des fonds de pension américains dans la macroéconomie fordiste, il s’agit d’éclairer leur évolution récente en introduisant un paramètre jusqu’ici peu exploité : l’effet des règles juridiques sur les comportements économiques. L’analyse consiste à suivre les transformations de la forme juridique utilisée pour gérer l’épargne financière des salariés, le trust. Outil traditionnel du droit anglo-américain pour déposséder un bénéficiaire placé sous curatelle, le trust reproduit cette asymétrie structurelle lorsqu’il est utilisé dans les dispositifs d’épargne salariale. La libéralisation financière des années 1970-1980 va certes construire une définition libérale de l’investisseur financier mais sans renoncer pour autant à cette inféodation des salariés. Il en résulte une situation salariale hybride, exposée aux risques financiers conformément à la figure de l’investisseur averti, mais bridée dans ces choix, selon l’héritage du trust. De manière duale, il en résulte simultanément pour les intermédiaires financiers une position avantageuse : l’immobilisation de l’épargne salariale dans le trust leur confère la maîtrise de la liquidité sur les marchés financiers sans qu’ils aient à prendre les risques financiers associés. Cette analyse juridico-économique, en explorant l’origine juridique du statut salarial dans les dispositifs d’épargne financière, aide à comprendre la teneur de la domination de la finance sur le rapport salarial. Le trust constitue l’impensé du pouvoir de la finance.
More papers in Open Access publications from Université Paris-Dauphine from Université Paris-Dauphine Series data maintained by Wendin-Malegdé Patrick Kaboré ().