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Recension de l'ouvrage "Et la confiance, bordel ?", dirigé par Sophie Vernay et Alexia de Monterno, Préface de Clara Gaymard, illustrations de Voutch

Maria Giuseppina Bruna (maria-giuseppina.bruna@ipag.fr)
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Maria Giuseppina Bruna: IPAG Business School - Chaire IPAG "Entreprise Inclusive" - IPAG Business School

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Abstract: Chamboulées par les difficultés économiques, les sociétés européennes connaissent une vulnérabilité sociale qui déteint de plus en plus sur la sphère publique (instabilité politique et fragilisation du système institutionnel) et l'univers professionnel. Exemple paradigmatique, la société française semble frappée par une défiance généralisée, affectant tant les enceintes étatiques et professionnelles que les organisations intermédiaires. « La confiance est, en France, une chose bien mal partagée […en dépit du fait qu'elle soit] un pays aimé, désiré, jalousé […]. Alors, d'où vient que nous n'ayons pas confiance, ni en nous-mêmes ni en notre voisin de bureau, ni en notre entreprise ni en nos institutions ? », s'interroge à juste titre C. Gaymard (Présidente et CEO de General Electric France) dans sa préface à l'ouvrage Et la confiance, bordel ? paru en août dernier aux Editions Eyrolles, sous la direction de S. Vernay et A. de Monterno. Fruit d'un partenariat inédit entre l'Institut Montaigne et Financi'Elles, réseau de femmes-cadres du secteur de la banque et de l'assurance, ce livre choral se prévaut de la participation de plus de 30 contributeurs reflétant une diversité de parties prenantes (dirigeants d'entreprise, DRH, managers, syndicalistes, consultants…). Il bénéficie des éclairages contrapunctiques et complémentaires de chercheurs en sociologie et sciences de gestion. Reposant sur un jeu de regards croisés, Et la confiance, bordel ? échappe à l'émiettement et à la redondance. Preuve, s'il en est, de l'important travail de co-conception et de co-écriture qui a été réalisé par le groupe de travail à l'origine du volume, et de la qualité de la coordination éditoriale. Fort d'une cohérence d'ensemble qui ne cède ni à un consensualisme d'apparat ni à des simplifications hâtives, cet ouvrage polyphonique adopte un large spectre de vue qui sous-tend une appréhension holistique de l'entreprise. Il y appréhende la confiance à la manière d'un fait social total (au sens maussien du terme) se plaçant à la fois en condition liminaire, en levier procédural et en aboutissement de la relation professionnelle. Construit autour d'un quadriptyque interrogeant successivement les ressorts de la confiance en soi (« Moi et Moi »), de la confiance inter-subjective (« Moi et Toi »), de la confiance collective (avec une focale centrée sur l'entreprise, « Moi et Nous ») et de la confiance systémique (« Nous »), le livre propose une appréhension globale des enjeux et leviers de la confiance dans l'enceinte organisationnelle, lance des pistes de réflexion stratégique et égrène des propositions opérationnelles. Et la confiance, bordel ? allie, en effet, une double vocation : analytico-prospective et propositionnelle. Analytique d'abord, en ce qu'il présente un diagnostic précis et sans concessions de cette « société de défiance » que serait devenue la France (Y. Algan, P. Cahuc & A. Zylberberg ; C. Gaymard ; J.-P. Betbèze), déstabilisée même dans ses fondements institutionnels, à commencer par l'école (F. Anor & L. Bigorgne). L'attention se centre rapidement sur le cas de l'entreprise, pour interroger, de prime abord, les ambiguïtés du développement personnel (J.-.A. Malarewicz), puis le rôle du manager comme premier acteur de la confiance (F. Dupuy ; S. Wahl, E. Brandt, O. Desforges, Y. Algan, J. Decoux, H. Borensztejn, S. Gleises). L'intérêt se focalise ensuite sur les leviers de rétablissement de la confiance par la refondation (déritualisée, dé-normalisée et dé-formalisée) du dialogue social, par la stimulation du dialogue professionnel et le développement d'échanges trans-hiérarchiques, trans-fonctionnels et transsectoriels,via notamment la socialisation affinitaire et les « communautés de pratiques » (E. Barbara & M.-H. Bensadou ; V. Bocart, E.-M. Henry ; J. Kaspar & V. Menu ; D. Ernotte-Cunci, C. Gaymard & J. Kaspar ; M.-G. Bruna). Dans la 4e partie du livre, la perspective se fait plus prospective pour interroger des problématiques transverses qui, touchant l'entreprise, en dépassent largement les confins: le lien « confiance, risque et innovation » (M. de Fontenay), la démarche RSE comme levier de recréation de la confiance dans et au sein de l'organisation (A. Malard de Rothschild), la problématique intergénérationnelle comme expression du besoin de confiance des jeunes (É. Bellion, A. Bounine, C. Dupuy-Olléon, T. Konicheckis, V. Lamorre-Cargill). Irréductible à une « autopsie française de la crise de confiance », cet ouvrage adopte une démarche propositionnelle de portée managériale, qui s'appuie sur une consonance des légitimités (patronales et syndicales, académiques et professionnelles) et un alliage des perspectives (théoriques et pragmatiques, macro-, méso- et micro-). Faisant de la refondation du pacte socio-organisationnel un levier de resocialisation professionnelle, de performance économique et de croissance durable, 'Et la confiance, bordel' propose une heuristique du social en entreprise tout autant qu'une pragmatique de la confiance. Ce dont se fait écho la conclusion co-écrite par S. Vernay et A. de Monterno, tout à la fois exercice de mise en perspective, synthèse programmatique et abécédaire de bonnes pratiques. S'éloignant tant des effets rhétoriques que de la lithique prescriptive des commandements managériaux, Et la confiance, bordel ? est une invitation à la réflexion et à la réflexivité, qui pousse à repenser la promesse éthique (« reconnaissance de l'Altérité » et la « recherche de la Justice par l'équité ») comme condition du vivre-et-faire-ensemble et prône un « don de confiance », un premier pas unilatéral et inconditionnel de l'entreprise à l'adresse de ses salariés. Plaidant en faveur d'un management de et par la confiance, cet ouvrage esquisse la figure d'un manager-maïeute qui, délié des injonctions contradictoires, se ferait accoucheur de talents, facilitateur de mûrissement personnel et forgeron de la performance. Il interroge, par ailleurs, le rôle dual du DRH, à la fois façonneur des conditions de la confiance organisationnelle (refonde des discours, normes et pratiques de GRH et de team management) et praticien (souvent défié et parfois défiant) d'un management de la confiance concernant tant les salariés et les partenaires sociaux qu'une kyrielle de parties prenantes aux positionnements divergents et intérêts dissonants. Potentialité sans assurance et impérieuse nécessité organisationnelle, la confiance y est vue comme une promesse propitiatoire de réconciliation de l'économique et du social et une pierre angulaire du management humaniste.

Keywords: Confiance; Management; Humanisme; Management humaniste; Conduite du Changement; Croissance durable; Agilité; Inclusion (search for similar items in EconPapers)
Date: 2014-06-01
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Citations:

Published in Management & sciences sociales, 2014, Développement et renforcement du lien social, 16, pp.103-104

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