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La gestion pluriverselle des transitions

Vincent Pradier Goeting ()
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Vincent Pradier Goeting: GREGOR - Groupe de Recherche en Gestion des Organisations - UP1 - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - IAE Paris - Sorbonne Business School

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Abstract: S'il est un domaine de l'ingénierie sociale particulièrement révélateur tout à la fois de l'influence des sciences de gestion dans les pratiques organisationnelles et des critiques qui leur sont adressées, c'est bien celui de l'aide internationale. En effet, si l'on considère une intervention sociale comme un « dispositif d'intervention planifiée, élaboré par des experts, visant à implanter ou modifier des institutions et/ou des comportements dans des contextes variés », force est de constater que l'aide internationale s'est concrétisée depuis les années 1950 par pléthore de programmes et de projets particulièrement standardisés – donc pétris de gestion et de « modèles voyageurs » – qui ont prospéré, en particulier dans les pays dits « du Sud » (ou « pays du Sud global »). De manière concomitante, de nombreuses critiques ont été faites à l'encontre de ces différentes politiques publiques mises en place. Confrontées à un relatif échec quant aux objectifs fixés (« un monde sans pauvreté »), elles ont à tout le moins rencontré de nombreux écarts (implementation gap) entre les interventions telles qu'elles étaient prévues et leurs applications concrètes. Les critiques les plus virulentes sont sans doute venues d'un groupe de chercheurs sud-américains, réunis au sein du collectif Modernidad / Colonialidad. S'inscrivant dans la lignée des études postcoloniales et critiquant la rhétorique du développement, parfois appelée « développementaliste », ils ont ainsi impulsé le champ fécond des études décoloniales, dont les concepts irriguent aujourd'hui à la fois le secteur de la solidarité internationale, et les perspectives critiques de gestion. L'intérêt de ces approches pour « penser une autre gestion » nous semble double. D'une part, elles permettent de contextualiser les théories de gestion – qui ont parfois tendance à présenter des concepts (concurrence, rentabilité, efficacité) comme allant de soi – car elles véhiculent des valeurs culturelles historiquement et géographiquement situées, et simplifient souvent « des réalités socio-économiques qui ne sont pas occidentales »; d'autre part, elles appellent, selon la devise zapatiste, à penser un mundo donde quepan muchos mundos , c'est-à-dire un monde qui, face aux crises multiples auxquelles il est confronté, « [implique] une collaboration entre voix divergentes, sur les types de mondes alternatifs que nous voulons créer ». En retraçant brièvement l'origine, la trajectoire et les principaux concepts des études postcoloniales et décoloniales, et nous appuyant sur quelques cas concrets de pratiques d'ONG françaises de solidarité internationale, nous montrerons comment ces approches peuvent aujourd'hui inspirer une autre gestion, à même de faire face à la « double insoutenabilité » économique et écologique de nos modèles organisationnels.

Keywords: ONG; Transition; Décolonial (search for similar items in EconPapers)
Date: 2026-03-05
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Citations:

Published in Philippe Eynaud, Genauto Carvalho de França Filho. Dictionnaire d'une autre gestion, érès, pp.381-386, 2026, ⟨10.3917/eres.eynau.2026.01.0382⟩

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DOI: 10.3917/eres.eynau.2026.01.0382

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