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Cultural branding dans le sport professionnel: une proposition d’analyse du Stade Français RFC des années 2000

Guillaume Bodet ()
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Guillaume Bodet: L-VIS - Laboratoire sur les Vulnérabilités et l'Innovation dans le Sport (EA 7428) - UCBL - Université Claude Bernard Lyon 1 - Université de Lyon, UCBL UFR STAPS - Université Claude Bernard Lyon 1 - UFR Sciences et techniques des activités physiques et sportives - UCBL - Université Claude Bernard Lyon 1 - Université de Lyon

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Abstract: Comment les marques deviennent-elles des icônes ? À cette question, Holt (2004), puis Holt et Cameron (2010), ont apporté une réponse innovante. Selon ces auteurs, les marques n'accèdent pas au statut d'icône grâce à des technologies révolutionnaires, des associations psychologiques ou des mots-clés habilement associés par les marketeurs, mais parce qu'elles se positionnent comme des véhicules d'innovation culturelle. Cela ne signifie pas que les deux stratégies précédemment citées soient inefficaces mais, d'après ces auteurs, elles restent insuffisantes pour distinguer une marque de ses concurrents et lui conférer un statut quasi mythique. Les innovations culturelles doivent s'inscrire dans des contextes historiques, sociaux, économiques et géographiques spécifiques. Elles correspondent à de nouvelles significations symboliques et culturelles que les marques proposent, intentionnellement ou non, et qui répondent — souvent de manière inconsciente — aux attentes des consommateurs et des sociétés en quête de solutions face aux crises identitaires et culturelles contemporaines. Les auteurs de cette explication culturelle du statut iconique des marques se sont appuyés sur des biographies et historiographies de marques, identifiant de nombreux cas d'innovation culturelle. Parmi ceux-ci, plusieurs concernent des marques sportives, qu'il s'agisse de fabricants d'articles de sport comme Nike ou Patagonia, ou de médias sportifs comme ESPN. Ce constat n'a rien de surprenant : le sport, et les marques qui lui sont associées, sont souvent considérés comme des vecteurs culturels puissants. Dans cette perspective, on peut s'interroger sur la possibilité pour les marques de clubs et de ligues sportives — compte tenu de leur ancrage et de leur influence culturelle marqués — d'atteindre un tel statut. Si de nombreuses marques de clubs et de ligues jouissent d'un capital-marque élevé, nous pouvons nous interroger si le succès contemporain de certaines d'entre elles peut s'expliquer par le prisme de l'innovation culturelle. Bien qu'expliquer a posteriori le succès d'une entreprise puisse s'avérer périlleux, nous faisons l'hypothèse que le succès marketing et branding du Stade Français Rugby Club (ci-après SFRC) à la fin des années 1990 et au début des années 2000 peut s'analyser à travers cette grille de lecture. Le succès de ce club a suscité l'intérêt des journalistes, des experts et des universitaires, et a principalement été attribué à l'utilisation de stratégies de marketing stratégique classique (segmentation, ciblage et positionnement) (Bodet, 2009), distinctes du ciblage traditionnel des supporters inconditionnels dans le sport professionnel européen, ainsi qu'à des stratégies de marketing expérientiel. Ces dernières visaient à offrir des expériences extra-ordinaires aux spectateurs lors de quelques matchs par an dans le stade de France ayant la plus grande capacité (i.e. le Stade de France) (Chanavat & Bodet, 2014). Si ces stratégies ont indéniablement contribué au succès de la marque — tout comme les performances sportives (cinq titres nationaux entre 1998 et 2004) —, nous postulons que l'ampleur de ce succès s'explique par une autre dimension : une innovation culturelle, telle que définie par Holt (2004) et Holt & Cameron (2010). Plus précisément, nous avançons que le SFRC a su proposer une réponse inédite à la crise de la masculinité dans les sociétés européennes postmodernes, en offrant un récit réconciliateur que nous qualifions de « gladiateur à la peau hydratée ». Ce terme délibérément caricatural, mais cohérent par rapport aux analyses proposées par Holt (2004) et Holt & Cameron (2010) pour d'autres cas de marque, positionne la marque du SFRFC comme un véhicule culturel réconciliant, de manière intentionnelle ou non, une crise et une reconfiguration de la masculinité en général et dans le sport en particulier caractérisé par le terme métrosexuel (Harris & Clayton, 2007). En s'appuyant sur la grille d'analyse de la « stratégie d'innovation culturelle » développée par Holt & Cameron (2010) et à partir de données secondaires de convenance essentiellement composées d'articles de presse, d'ouvrages biographiques sur Max Guazzini - président du SRRFC à l'époque étudiée et instigateur de la stratégie marketing du club - et d'images et de vidéos produites à la fin des années 1990 et au début des années 2000, et d'items marketing, nous essayons de démontrer comment le succès de la marque peut se comprendre par le prisme de l'innovation culturelle. L'analyse porte ainsi successivement sur l'orthodoxie culturelle qui caractérise l'expression culturelle dominante du rugby professionnel de l'époque, les tensions sociales mettant en avant un besoin de nouvelles opportunités idéologiques, les matériaux sources, et l'expression d'une innovation culturelle.

Keywords: Cultural branding; Stade Français Paris; Rugby; Spectacle sportif; Sport; Marque (search for similar items in EconPapers)
Date: 2026-06-10
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Citations:

Published in 4ème Congrès de la Société Savante de Management du Sport : Management des espaces de pratiques sportives: enjeux économiques, sociaux et environnementaux, Jun 2026, Rouen, France

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