La loi Lang sur le prix unique du livre: un « lieu de mémoire » ?
Marie-Pierre Vaslet () and
Thomas Serrier
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Marie-Pierre Vaslet: VALLOREM - Val de Loire Recherche en Management - UO - Université d'Orléans - UT - Université de Tours, IUT Tours - Institut Universitaire de Technologie - Tours - UT - Université de Tours, UT - Université de Tours
Thomas Serrier: IRHiS - Institut de Recherches Historiques du Septentrion (IRHiS) - UMR 8529 - Université de Lille - CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique
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Abstract:
L'article analyse la transformation de la loi du 10 août 1981 sur le prix unique du livre, dite « loi Lang », en « lieu de mémoire », au sens défini par l'historien Pierre Nora. Plus de quarante ans après son adoption, cette loi ne se limite plus à un dispositif de régulation économique : elle incarne désormais un symbole de l'exception culturelle française et de la protection du livre face aux logiques du marché. À l'origine, la loi naît dans un contexte de crise du secteur du livre dans les années 1970. L'essor du discount pratiqué par la Fnac fragilise les librairies indépendantes. L'éditeur Jérôme Lindon milite activement pour l'instauration d'un prix unique fixé par l'éditeur. Après l'élection de François Mitterrand en 1981, son ministre de la Culture, Jack Lang, fait adopter rapidement la loi. Son application suscite des résistances, notamment de la part de la grande distribution. Toutefois un consensus finit par s'installer. Au fil des décennies, la loi est renforcée et adaptée : extension au livre numérique en 2011 face à l'essor d'Amazon et du Kindle, encadrement des frais de port avec la loi de 2021, débats récents sur le marché du livre d'occasion, etc. Cette capacité d'adaptation contribue à faire de la loi une « matrice » structurante de l'écosystème du livre. Les auteurs montrent que la loi est devenue un « lieu de mémoire » par plusieurs mécanismes : la ritualisation des commémorations, la dramatisation rétrospective de son adoption, son usage récurrent comme référence face aux nouvelles menaces pesant sur le secteur. En tant que lieu de mémoire, la loi incarne le principe : « le livre n'est pas un produit comme les autres ». Elle symbolise la primauté de la culture sur le marché et le rôle protecteur de l'État. Ainsi, la loi Lang cristallise une identité collective, à la fois sectorielle et nationale. Enfin, l'article suggère que cette mémorialisation peut être liée aux inquiétudes contemporaines face aux mutations des pratiques de lecture. Comme souvent pour les lieux de mémoire, la célébration de la loi répondrait à une menace sur une identité collective, ou à une angoisse diffuse quant à l'avenir du livre et, plus largement, à celui d'une nation historiquement construite autour de l'écrit et du livre.
Date: 2026
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Citations:
Published in Entreprises et Histoire, 2026, n° 122 (1), pp.12-26. ⟨10.54695/eh.122.0012⟩
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DOI: 10.54695/eh.122.0012
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