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Économistes sous contrainte: controverses et construction de la finance climat comme objet économique (1990–2025)

Minh Ha-Duong ()
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Minh Ha-Duong: CIRED - Centre International de Recherche sur l'Environnement et le Développement - Cirad - Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement - EHESS - École des hautes études en sciences sociales - AgroParisTech - Université Paris-Saclay - CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique - ENPC - École nationale des ponts et chaussées - IP Paris - Institut Polytechnique de Paris

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Abstract: Depuis le début des années 1990, la finance climat est passée d'une expression floue des politiques internationales à un objet économique central, quantifié, comparé et audité dans les négociations climatiques, au sein de l'OCDE et des banques multilatérales de développement. Les engagements collectifs successifs – de l'objectif des 100 milliards de dollars par an adopté à Copenhague en 2009 au nouvel objectif quantifié de 300 milliards à l'horizon 2035 fixé à Bakou en 2024 – ont fait de la finance climat un point nodal de la gouvernance climatique internationale. Pourtant, malgré trois décennies d'efforts statistiques, les controverses persistent quant à ce qui doit être comptabilisé comme finance climat, à la manière de l'évaluer et à l'attribution des responsabilités entre acteurs. Nous proposons une analyse historique de la construction de la finance climat comme objet économique entre 1990 et 2025. Elle s'éloigne d'une lecture qui ferait de la finance climat une simple extension technique de l'économie de l'environnement ou de l'économie du climat fondée sur la modélisation intégrée. Si les travaux fondateurs sur les externalités et les contraintes environnementales collectives (Ayres et Kneese, 1969), puis les modèles centrés sur la croissance, les dommages, le risque et le temps (Manne et Richels, 1992 ; Nordhaus, 1992 ; Stern, 2007 ; Weitzman, 2007), ont structuré une partie de l'expertise climatique, la question du partage international de l'effort financier s'est développée en grande partie en dehors de ces cadres. La finance climat a émergé principalement à travers l'entrelacement des négociations internationales, des pratiques de la finance du développement et des outils comptables mobilisés pour rendre opératoires des engagements politiques. À l'OCDE, et en particulier au sein du Comité d'aide au développement, des économistes comme Jan Corfee-Morlot ont joué un rôle central dans la mise en place d'infrastructures statistiques – marqueurs de Rio, méthodes d'évaluation en équivalent-don, cadres de suivi et de déclaration – qui ont permis de rendre la finance climat visible et mesurable dans les cadres existants de l'aide publique au développement (Corfee-Morlot et al., 2009, 2012). Ces catégories comptables sont rapidement devenues des lieux de controverse au sein de la discipline économique. D'un côté, des approches fondées sur la correction des défaillances de marché ont mis l'accent sur l'efficacité, l'effet de levier et la mobilisation du capital privé, justifiant le recours à la finance mixte et aux instruments de réduction du risque. De l'autre, des économistes inscrits dans une perspective d'économie politique ont contesté tant les conventions de mesure que leurs implications normatives. Axel et Katharina Michaelowa ont mis en évidence les incitations à la surévaluation inhérentes aux marqueurs de Rio (Michaelowa et Michaelowa, 2007), tandis que Romain Weikmans et J. Timmons Roberts ont interprété les controverses récurrentes comme l'expression de conflits distributifs non résolus entre Nord et Sud (Roberts et Weikmans, 2017 ; Weikmans et Roberts, 2019). À travers quatre controverses récurrentes – la valorisation des prêts concessionnels, la crédibilité des marqueurs de Rio, l'attribution de la finance privée mobilisée et la frontière entre aide au développement et obligations climatiques – nous montrons que les économistes ont agi non seulement comme experts techniques, mais comme acteurs à la frontière science-société, redéfinissant en permanence ce que la finance climat est et devrait être. La finance climat apparaît ainsi comme un cas privilégié pour analyser les limites politiques de la quantification économique en gouvernance internationale.

Keywords: organisations internationales; catégories comptables; quantification; finance climat (search for similar items in EconPapers)
Date: 2026-07-02
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Published in 21e colloque international de l'association Charles Gide pour l'étude de la pensée économique, Jul 2026, Vannes, France

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