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IPC ou IPCH: Quelle mesure pour le pouvoir d'achat ?

François Geerolf ()
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François Geerolf: OFCE - Observatoire français des conjonctures économiques (Sciences Po) - Sciences Po - Sciences Po, CEPR - Center for Economic Policy Research, ECON - Département d'économie (Sciences Po) - Sciences Po - Sciences Po - CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique

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Abstract: Cette présentation examine le choix méthodologique fait par l'Insee de privilégier l'Indice des Prix à la Consommation (IPC) national plutôt que l'Indice des Prix à la Consommation Harmonisé (IPCH) - utilisé par Eurostat, la Banque de France et la Banque Centrale Européenne - pour mesurer l'inflation et, plus encore, pour évaluer l'évolution du pouvoir d'achat et des niveaux de vie en euros constants. Sur les trois dernières années, l'écart entre les deux indices atteint environ deux points de pourcentage, et environ huit points sur vingt-cinq ans, un écart qui s'est nettement accentué depuis 2021. Le point de désaccord central avec l'Insee porte sur la distinction entre deux usages différents de l'indice des prix, que l'institution tendrait à mélanger. Pour les indexations à court terme (Smic, prestations sociales, négociations salariales), le choix de l'IPC peut se comprendre dans une logique de contrainte budgétaire ou de compétitivité - mais il s'agit alors d'un choix politique assumé, et non d'une question scientifique de mesure statistique. Pour le diagnostic sur l'évolution réelle du pouvoir d'achat et des niveaux de vie en revanche, l'IPCH est méthodologiquement supérieur et conforme aux standards internationaux, alors que l'Insee affirme au contraire, dans sa communication officielle, que l'indice national « reste l'indice de référence pour analyser l'inflation en France ». La principale source de l'écart entre les deux indices concerne le traitement des dépenses de santé. L'IPC français retient les prix bruts, avant remboursement par la Sécurité sociale, si bien que les déremboursements et l'augmentation du reste à charge (franchises médicales, forfaits, participations forfaitaires) ne sont jamais enregistrés comme de l'inflation. L'IPCH, à l'inverse, retient les prix nets effectivement payés par les ménages, conformément à la recommandation explicite du manuel méthodologique international du FMI, qui indique que seules les dépenses directes des ménages, nettes des remboursements, doivent entrer dans le calcul. Le doublement de la franchise médicale au 31 mars 2024 illustre concrètement ce problème : cette perte de pouvoir d'achat pour les ménages n'apparaît nulle part dans l'IPC. Cette pratique française remonte à un choix méthodologique de 1971, maintenu depuis à travers toutes les générations successives de l'indice des prix, y compris la génération actuelle en base 2015 - un retour aux prix nets pourrait être envisagé lors de la prochaine révision (base 2025, publiée en 2026), pour aligner l'IPC sur l'IPCH et les standards internationaux. D'autres divergences méthodologiques, systématiquement orientées dans le sens d'une minimisation de l'inflation par l'IPC, sont mises en avant. L'IPCH intègre les frais de scolarité de l'enseignement privé, contrairement à l'IPC, ce qui devient significatif dans un contexte de privatisation croissante de l'éducation. Plus frappant encore, l'indice des prix français comporte un poste « jeux de hasard » représenté par une seule variété (le ticket à gratter) pour un poids d'environ 1 % de l'indice, soit davantage que le transport aérien, la téléphonie mobile ou l'essence sans plomb, alors que ce seul produit est censé représenter l'ensemble des jeux d'argent (loto, paris sportifs, casinos, PMU). Cette information n'a été rendue publique qu'à la suite d'un bras de fer judiciaire mené par l'association « Ouvre-boîte » face à l'Insee. De même, la suppression de la redevance audiovisuelle en 2022 a été comptabilisée comme une baisse de prix dans l'IPC, mais pas dans l'IPCH, alors que cette baisse ne bénéficiait pas à tous les ménages - une non-conformité aux règlements internationaux qui n'a pas été mentionnée dans le billet de blog publié par l'Insee sur le sujet. La présentation relève également le cas de l'« IPC hors tabac », utilisé pour certaines indexations (Smic, prestations, loyers) depuis la loi Neiertz de 1992, qui interdit d'indexer sur un indice incluant le tabac - pratique explicitement mise en garde par le manuel méthodologique international, qui alerte sur le risque de manipulation politique des prix d'un bien exclu de l'indice (le prix du tabac a bondi de +677 % depuis cette loi). La Dares, service statistique du ministère du Travail, publie par ailleurs des évolutions salariales « en euros constants » en utilisant cet indice hors tabac, ce qui pose le même problème de conformité aux recommandations internationales. Un exemple concret illustre l'enjeu pratique du choix d'indice : selon que l'on utilise l'IPC ou l'IPCH pour déflater les salaires réels des cadres, le diagnostic s'inverse complètement. La substitution de l'IPCH à l'IPC produit une évolution du pouvoir d'achat moins favorable, mais plus exacte, un écart qui se creuse fortement en période d'inflation. En conclusion, suivre les prix bruts plutôt que les prix nets n'est justifiable ni par la logique économique ni par les manuels méthodologiques internationaux, que ce soit pour la santé ou pour l'éducation, un biais appelé à s'aggraver avec la hausse attendue du reste à charge des ménages. La présentation appelle à ne pas confondre le débat sur les indexations, qui relève d'un choix politique assumé, avec celui de la mesure du pouvoir d'achat, qui relève d'une exigence statistique, en rappelant la loi de Goodhart : lorsqu'une mesure devient un objectif, elle cesse d'être une bonne mesure.

Keywords: Inflation; Pouvoir d'achat; Statistiques publiques (search for similar items in EconPapers)
Date: 2024-07-09
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Published in 2024, ⟨10.5281/zenodo.22982973⟩

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DOI: 10.5281/zenodo.22982973

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