Paradoxe de la modernisation: l’impératif d’un choc de compétences pour réussir les transitions numériques, verte et innovante. Preuves empiriques basées sur l'Enquête Entreprises 2023
Aomar Ibourk and
Karim El Aynaoui
No 2612, Policy briefs on Economic Trends and Policies from Policy Center for the New South
Abstract:
Le Maroc s’est engagé avec détermination dans une trajectoire de modernisation fondée sur la transition numérique, la transition verte et l’innovation. Ces dynamiques sont devenues des leviers stratégiques pour la compétitivité, l’attractivité et la création d’emplois à forte valeur ajoutée. Pourtant, l’analyse des données microéconomiques récentes révèle un paradoxe préoccupant : les entreprises les plus modernisées, moteurs de la croissance de demain, rencontrent les plus grandes difficultés à recruter. Ce constat suggère que le principal frein à la transformation productive du pays est fondamentalement capacitaire. S'il ne faut pas occulter l'interaction de ce défi avec d'autres facteurs structurels — tels que la taille des entreprises, l'accès au financement ou les impératifs de productivité —, la montée en gamme des entreprises augmente si fortement les exigences en compétences que l’offre de formation peine à suivre. Cette situation fragilise la soutenabilité des transitions et la création d’emplois durables, créant une vulnérabilité spécifique pour les PME : ces dernières, souvent prises en étau par des ressources limitées, affichent une faible capacité interne de formation qui entrave leur mise à niveau technologique. L’objectif du présent travail est de diagnostiquer ce déficit de compétences et d’identifier les leviers prioritaires pour aligner les politiques de formation sur les besoins réels de l’économie. L’analyse repose sur les micro-données de l’Enquête Entreprises 2023 de la Banque mondiale et adopte une segmentation entre les « Entreprises Pionnières » (76,3 % de l’échantillon) et les « Entreprises Traditionnelles » (23,7 %). Les résultats confirment l’existence d’une tension sélective : le manque de main-d’œuvre qualifiée est cité comme un obstacle majeur par 33,3 % des entreprises pionnières, contre 20 % pour les entreprises traditionnelles. Pour les entreprises les plus innovantes, ce manque de compétences est une contrainte bien plus sévère (44,1 %) que les régulations du Code du travail (15,7 %). Le blocage est donc humain avant d’être juridique. Face à ces tensions, le secteur privé tente de réagir. Toutefois, les taux globaux de formation formelle (entre 10 % et 12 % pour les segments les plus dynamiques) restent extrêmement faibles au regard de l’ampleur et de la rapidité des transitions engagées. De plus, cet effort est marqué par une polarisation stratégique : l’investissement est massivement concentré sur les profils opérationnels directement en contact avec les technologies (jusqu’à 61,7 % dans le vert), au détriment du personnel d'encadrement, risquant ainsi de créer une fracture de compétences interne. En conclusion, l’enjeu pour le Maroc n’est plus seulement d’engager la transition, mais de la rendre soutenable en capital humain.
Date: 2026-04
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