Migration et chômage en Afrique du Sud: que révèlent les données sur le statut migratoire ?
Peter Mukuna and
Ken Mwanza
No 4968e_v1, SocArXiv from Center for Open Science
Abstract:
L’Afrique du Sud connaît depuis plus d’une décennie un chômage structurel élevé, oscillant entre 27 et 34 % selon les périodes (Statistics South Africa, 2022), qui coexiste avec une présence migratoire mesurable de l’ordre de 4 à 6 % de la population active (Statistics South Africa, 2023 ; Yu, 2022). Le débat public attribue fréquemment ce chômage massif à la concurrence exercée par les travailleurs migrants, une hypothèse rarement soumise à une vérification empirique rigoureuse. Cette étude examine l’association entre le statut migratoire, mesuré par le lieu de naissance, et la probabilité de chômage au sein de la population active stricte sud-africaine (15 à 64 ans, en emploi ou au chômage), à partir de trois vagues de la Quarterly Labour Force Survey (QLFS) de Statistics South Africa : les troisièmes trimestres 2012, 2017 et 2022 (N = 28 298, 25 145 et 21 607 respectivement). La stratégie économétrique repose sur une régression logistique binaire à introduction progressive de variables de contrôle, déclinée en six modèles emboîtés (M1 à M6), tenant compte du plan de sondage complexe de l’enquête. Les coefficients sont traduits en probabilités prédites par la commande margins. Les personnes nées à l’étranger présentent, à chacune des trois vagues, un taux de chômage brut nettement inférieur à celui des natifs, et cet écart persiste après ajustement complet pour le sexe, l’âge, le groupe de population, l’éducation et la province de résidence, au point de se renforcer plutôt que de s’atténuer. En 2022, le modèle le plus complet indique un odds ratio de 0,35 pour les migrants par rapport aux natifs, ce qui équivaut, une fois traduit en probabilités prédites, à un écart ajusté de chômage de 15,6 points de pourcentage en leur faveur. La nature transversale répétée des données interdit toute inférence causale directe. Plusieurs explications restent envisageables et ne s’excluent pas mutuellement, qu’il s’agisse de la composition particulière des populations qui migrent, du fait que les migrants durablement installés soient ceux dont l’insertion a réussi, ou encore de stratégies professionnelles différenciées telles que l’auto-emploi ou la mobilité géographique ; les données transversales ne permettent pas de les départager. L’argument selon lequel les migrants contribueraient au chômage sud-africain parce qu’ils seraient eux-mêmes massivement sans emploi ne trouve, en tout état de cause, aucun appui empirique dans les données QLFS 2012-2022. Ce constat n’établit ni ne réfute les causes de l’hostilité envers les migrants ; il permet seulement d’apprécier la validité empirique de l’un des arguments économiques avancés dans ce débat.
Date: 2026-10-20
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DOI: 10.31235/osf.io/4968e_v1
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