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Le philosophe et le management

Henri Zimnovitch ()
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Henri Zimnovitch: PESOR - UP11 - Université Paris-Sud - Paris 11

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Abstract: Dans une histoire de la philosophie, on ne trouvera pas d'entrée à « management », c'est une idée trop neuve, elle a un demi-siècle en France, le temps qu'il aura fallu pour que les grandes entre-prises en viennent à dominer la vie économique. Le management est une discipline dans tous les sens du terme : c'est un corpus de connaissances, de techniques, enseignées à l'Université ; c'est aussi un ensemble de règles de conduite auxquelles les hommes doivent se soumettre au sein des organisations dans lesquelles ils travaillent. Concernant ce dernier point, on comprend combien le regard du philo-sophe est opportun. Nous allons rendre compte de celui d'André Comte-Sponville au travers des publications 1 qu'il a consacrées à la question ; nous accorderons une attention particulière au thème du management de l'éthique d'entreprises. Enfin, nous verrons comment ses analyses sur la distinction entre valeur et vérité permettent d'engager une critique épistémologique féconde des sciences de gestion. On doit à Robert N. Anthony, qui fut professeur à la Harvard Business School, une définition cano-nique du management control comme étant « le processus par lequel les dirigeants influencent leurs colla-borateurs pour mettre en oeuvre les stratégies de l'organisation ». On ne compte plus dans le monde le nombre de travaux académiques qui abordent la question. Mais quelle peut être la valeur ajoutée du philosophe sur ce sujet ? On va la mesurer à partir de la réflexion qu'André Comte-Sponville développe lors des conférences qu'il donne sous le titre « Sens du travail, bonheur et motivation » à un public de responsables d'entreprises ou d'étudiants en écoles de commerce et qui a fait l'objet d'un article dans la revue Entreprise & société. Partant de l'idée que le métier de manageur 2 est de faire travailler les autres, le raisonnement se développe en trois parties, dialectique oblige. Dans un premier temps, il clarifie la définition du travail, la dégage des sophismes qui empêchent de penser les contradictions, lui donne un sens. Celui-ci est explicité dans une deuxième partie en traduisant les concepts utilisés en management, comme la motivation , par ceux étudiés en philosophie : le désir et le bonheur. Enfin, dernier temps, il met en évidence le rôle des manageurs qui est de parvenir à articuler les divergences d'intérêts entre les différents acteurs de l'entreprise. Pour André Comte-Sponville, le salarié, s'il avait le choix, préférerait ne pas travailler. Une évidence ? Encore faut-il la faire admettre à ceux, ils sont légion en gestion, tant chez les praticiens que chez les académiques, pour qui le travail est une valeur morale, qui « permet de donner du sens à nos actes » (Gomez, p. 18), qui assure sa dignité à l'homme 3. Pour montrer que le travail ne porte pas son sens en lui-même, qu'il n'est pas intrinsèque mais extrinsèque, le philosophe use de logique et d'humour ; sa culture achève de convaincre quand il puise dans les Évangiles, avec le Sermon sur la Montagne, dans Aristote montrant que le travail tend au loisir et non pas le loisir au travail, ou Kant disant « la dignité, c'est la valeur de ce qui n'a pas de prix ». Une autre confusion sur le travail que nous permet d'éviter André Comte-Sponville, par le recours à l'étymologie : celle entre activité contrainte, le travail, et activité choisie, la skholè chez les Grecs, l'otium chez les Romains, qui n'est ni repos ni divertissement. Or un courant de pensée puissant en gestion, que Douglas McGregor, professeur à la Sloan School of Management, suscita à partir des années 1960, oppose la théorie X, selon laquelle l'homme ne travaillerait que dans l'espoir d'obtenir une récompense ou dans la crainte d'une sanction, à la théorie Y qui considère au contraire que l'homme, spontanément, aime travailler. On voit par cet exemple comment André Comte-Sponville, en précisant ce que les mots disent, peut éviter au raisonnement de dégénérer en sophisme. Mais son apport ne se limite pas à une fonction

Date: 2020
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Published in Comte-Sponville, 2020

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