Labor organization, workload, and stress among healthcare professionals: a network analysis
Organisation du travail et charge et stress des soignants: une analyse en réseaux
Gautier Debaud (),
Marie-Estelle Binet () and
Carole Treibich ()
Additional contact information
Gautier Debaud: GAEL - Laboratoire d'Economie Appliquée de Grenoble - CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique - INRAE - Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement - UGA - Université Grenoble Alpes - Grenoble INP - Institut polytechnique de Grenoble - Grenoble Institute of Technology - UGA - Université Grenoble Alpes
Marie-Estelle Binet: GAEL - Laboratoire d'Economie Appliquée de Grenoble - Grenoble INP - Institut polytechnique de Grenoble - Grenoble Institute of Technology - INRA - Institut National de la Recherche Agronomique - CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique - UGA [2016-2019] - Université Grenoble Alpes [2016-2019], AMURE - Aménagement des Usages des Ressources et des Espaces marins et littoraux - Centre de droit et d'économie de la mer - IRD - Institut de Recherche pour le Développement - IFREMER - Institut Français de Recherche pour l'Exploitation de la Mer - UBO EPE - Université de Brest - CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique
Carole Treibich: GAEL - Laboratoire d'Economie Appliquée de Grenoble - CNRS - Centre National de la Recherche Scientifique - INRAE - Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement - UGA - Université Grenoble Alpes - Grenoble INP - Institut polytechnique de Grenoble - Grenoble Institute of Technology - UGA - Université Grenoble Alpes
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Abstract:
Contexte et enjeux La qualité de vie au travail des personnels hospitaliers constitue aujourd'hui un déterminant majeur de la performance des organisations de santé, de la sécurité des soins et de la stabilité des collectifs professionnels. Cette question se pose avec une acuité particulière dans les services d'urgences, où l'intensité de l'activité, la variabilité des flux de patients, la pression décisionnelle et l'exposition répétée aux situations critiques constituent des facteurs structurels de tension. La littérature existante (Kober et Chang, 2024 ; Ball, 2017) documente largement les effets du stress, de la charge de travail et de l'épuisement professionnel, ainsi que l'importance de la complexité clinique et de la coordination interprofessionnelle dans la formation de ces difficultés. Les recherches en santé au travail soulignent par ailleurs que les déterminants essentiels du bien-être des soignants sont principalement organisationnels (Shemtob et al., 2022), les conditions effectives d'exercice influençant directement des issues telles que l'épuisement professionnel, l'absentéisme ou l'intention de départ, notamment via des mécanismes comme le déséquilibre effort-récompense ou l'équilibre travail-vie personnelle (Hämmig, 2018). Dans le contexte français, ces enjeux font l'objet d'une attention prioritaire dans les politiques publiques, comme en témoigne le quatrième Plan Santé au Travail (2021-2025), qui insiste sur la nécessité d'agir directement sur l'organisation du travail. Toutefois, dans certains cas, les dispositifs visant à améliorer la collaboration ou à fluidifier les circuits peuvent produire des « injonctions collaboratives » et générer des charges supplémentaires dans des environnements déjà saturés. L'expérience récente du CHU Grenoble-Alpes (CHUGA), marqué par des transformations organisationnelles accélérées par la crise sanitaire, illustre ces tensions entre innovation, coordination et soutenabilité du travail (Dumez et Minvielle, 2020). Revue de la littérature Les analyses de la qualité de vie au travail reposent historiquement sur des données déclaratives issues d'enquêtes ou sur des indicateurs agrégés tels que les effectifs présents, le volume d'actes réalisés ou la fréquentation du service à un instant donné. Si ces approches permettent de caractériser les conditions générales d'exercice, elles rendent difficile une compréhension fine et dynamique des déterminants organisationnels du vécu au travail. Parallèlement, les théories de la coordination en santé ont profondément évolué, mettant en évidence l'importance des interactions professionnelles, des proximités de travail et des structures relationnelles pour expliquer la fluidité de la prise en charge, l'apprentissage collectif et la diffusion des pratiques. Dans ce cadre, l'analyse des réseaux sociaux, soutenue par des avancées méthodologiques significatives, apparaît comme un outil particulièrement pertinent pour examiner à la fois les comportements individuels au sein des équipes collaboratives et l'efficacité organisationnelle globale d'un service d'urgences. La littérature a progressivement intégré cette perspective relationnelle pour étudier les liens entre réseaux et qualité des soins (Sabot et al., 2017 ; Cunningham et al., 2012 ; Chambers et al., 2012). Les contributions existantes se situent toutefois à des niveaux de sophistication variables : certaines se limitent à des descriptions structurelles des réseaux professionnels (Stukel et al., 2013 ; Landon et al., 2012), tandis que d'autres mobilisent des modèles économétriques simples reliant une ou plusieurs caractéristiques de réseau à des indicateurs de qualité de soins ou à l'adoption de pratiques innovantes (Gandré et al., 2020 ; Moen et al., 2016 ; Pollack et al., 2017). Malgré ces avancées, les travaux demeurent centrés sur la dimension clinique ou organisationnelle de la qualité des soins, et non sur la qualité de vie au travail elle-même. À notre connaissance, aucune étude économétrique ou empirique n'a à ce jour mobilisé des réseaux construits directement à partir de données opérationnelles — comme les plannings ou les dossiers patients — pour analyser la qualité de vie au travail au regard d'indicateurs objectifs de charge et de stress professionnels. Données et méthodes Le présent article propose de modéliser les relations effectivement établies entre soignants à partir de ces sources de données, permettant de reconstruire les configurations réelles de collaboration au quotidien. Ces réseaux observés sont ensuite mis en relation avec des mesures objectivées de charge de travail et de stress (CST), offrant ainsi une approche nouvelle grâce à l'accès à l'entrepôt de données de santé (EDS) PREDIMED du CHUGA et aux bases RH sur une période allant de novembre 2020 à octobre 2022. Les données accessibles via la plateforme PREDIMED (Artemova et al., 2020) dépassent largement le cadre des bases administratives habituellement mobilisées en recherche en France, puisqu'elles permettent de reconstituer finement l'activité réelle des urgences à partir du suivi temporel des dossiers patients informatisés qui contiennent l'ensemble des prises en charge réalisées et les personnels soignants qui les ont effectuées. Grâce à ces informations, il devient possible de reconstruire la composition des équipes par catégories (médicaux, paramédicaux et administratifs) présentes à chaque instant, de mesurer la charge de travail objective, d'estimer la complexité des patients pris en charge, d'observer les réseaux de partage de patients entre personnels travaillant aux urgences et de suivre la dynamique journalière des interactions professionnelles au niveau du service, sur plusieurs années Plus précisément, l'organisation du travail en équipe est décrite par des indicateurs de réseaux (un par demi-journée de service) décrivant les relations de travail de 1 200 médecins, paramédicaux et administratifs du CHU de Grenoble sur la base de 80 000 dossiers patients ayant effectués un séjour aux urgences au cours de la période 2020-2022. Les indicateurs de réseaux comme la densité normalisée, la variance des degrés normalisés (Smith et Escudero, 2022) ou encore la centralité du noeud dominant sont construits sous la forme de séries temporelles bi-journalières. Plusieurs indicateurs CST sont également construits pour mesurer à la même fréquence la charge de travail au niveau du service des urgences (nombre de patient présents et présents depuis 24h ou plus, pourcentage de soignants ayant enchainé des gardes de manière importante, ou à certains moments (week-end et jours fériés), part de personnels en heures supplémentaires). Enfin, les données RH (absences et arrêts) permettent de mesurer la tension ou une éventuelle déstabilisation au niveau du service. Dans cet article, les interdépendances entre les différents indicateurs CST et de réseau sont analysées dans le cadre de modèles de séries temporelles classique (VAR) ou plus avancés (projections locales). Les analyses en cours nous permettront d'abord d'identifier les formes organisationnelles (décrites par les indicateurs de réseaux) qui préservent la qualité de vie au travail et minimisent le stress des personnels de santé. Nous pourrons également analyser les mécanismes et temps de transmission entre charge et stress, ainsi qu'entre les différentes catégories de personnels (médecins et paramédicaux).
Keywords: Personnels soignants; Organisation du travail; Charge et stress au travail; Réseaux sociaux; Econométrie des séries temporelles (search for similar items in EconPapers)
Date: 2026-06-18
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Citations:
Published in Conférence " Santé et Comportements ", EHESP, https://www.ehesp.fr/2026/06/03/conference-sante-et-comportements-18-juin-2026/, Jun 2026, Rennes, France
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